14/01/1985

A 21 ans, la psychiatrie a ruiné ma vie

Il y a quelque chose de très étonnant :

Dans mon dossier médical n'apparait pas le moment où l'on m'a donné les premiers antipsychotiques ni ce qui a motivé ce choix chez les Docteurs Hélène Aussedat et surtout Jean-Paul Chabannes qui était son chef de service.

Je me rappelle très bien la premières prise de neuroleptiques :

Un soir, les infirmier(e)s m'ont présenté un verre avec un liquide épais, visqueux  et incolore au fond et m'ont demandé de le boire.
Quand j''ai demandé de quoi il s'agissait, on m'a répondu " Ca va te faire du bien.  Avale ! "

J'ai refusé.

Énervés, ils m'ont menacé et rajouté du sirop de grenadine dans le verre. 

J'étais terrorisé mais, à nouveau,  j'ai refusé. 

Ils étaient trois ou quatre autour de moi. 
J'avais peur, je pleurais, je suppliais.
Ils sont devenu encore plus menaçants.

Alors, j
'ai avalé.

Ils ont gagné.

Quelque chose en moi savait  que maintenant ma vie ne serait plus jamais celle que j'avais rêvée. En buvant ce breuvage, je fus pris d'une sensation horrible, pire que celle que j'aurai en 1992 quand Judith m'annoncera la mort subite de Papa. 

Quand les infirmiers m'ont administré de force la première dose de neuroleptiques, j'ai compris que je devrais faire le deuil de ma vie d'artiste, de mes envies, de mes projets et de ma liberté. 

Ce soir là, mon âme a su qu'elle était perdue.