20/10/1992

Papa est mort !

Papa meurt le 20 octobre 1992, à l'âge de 59 ans, moi j'en ai 29.

Évidement, il me manquera longtemps comme quelque chose de coutumier peut nous manquer, comme une drogue peut manquer. Il me faudra des années pour apprendre à vivre sans lui, pour décrocher., pour comprendre ce qui, à part la génétique, nous liait.

Parfois je lui parlerai dans ma tête en une sorte de prière : un "Notre Père" très personnel qui comme toutes les prières ne trouvera pas de réponses.

Même quand nous sommes schizophrène,  Dieu ne nous répond jamais quand  nous le prions « Pater noster ».

Je n'entendrai ou ne verrai jamais le fantôme de papa parce que son esprit ne se manifestera plus jamais.

Déjà de son vivant, il n'était pas très présent dans le foyer. Il passait ses weekends sur son bateau, sur ce lac où nous avons dispersé ses cendres cet automne 1992,  et la semaine, il bricolait tous les soirs dans son check, radio amateur et bidouilleur qu'il était, un petit local en soupente que nous appelions « l'Esctanco ».


Je comprends maintenant que c'était son refuge pour échapper à une réalité qui ne lui convenait plus. Une femme devenue insupportable après des années de vie commune et qui profitant de sa gentillesse, et aussi de ses faiblesses l'avait exclu de sa propre tribu.
Ce que je retiens de mon père c'est qu'il était discret et courageux (bien plus que moi). 
Je ne lui ai jamais dit que je l'aimais. J'aurai dû, mais ce n'est pas le genre de mots que l'on se disait dans la famille.

Pendant ce temps, le Docteur Philippe Séchier s’acharne à régler ma lithiémie,  mais, pour ceux qui connaissent un peu l’électronique, le lithium produit sur mon humeur un effet « condensateur de lissage » avec une tendance à l'atténuation des signaux vitaux. 

Sur mon dossier médical :

« 21.10.1992 - Dr Séchier

Nous avons appris hier le décès brutal de son père à 60 ans. Le patient noussemble avoir bien réagi, mais il est encore dans l'instant de la nouvelle, il n'est pas encore allé à Saint Jean de Maurienne et aurait aimé éviter cette visite, ce que nous lui déconseillons, d'autant qu'il restera le seul individu mâle de la cellule familiale.

Sinon avant ce décès, cela allait bien, mais sa vie était un peu lisse, sans trop de sel. Nous arrêtons le TINORAN et lui prescrivons du PRAZINIL.

Ordonnance remise pour un mois

- PRAZINIL : un matin et midi

- URBANYL : un si besoin

- FLUANXOL LP 20 : un cc IM/28 jours

- TERALITHE : deux matin et deux et demi le soir (nous avons augmenté la prise matinale car la dernière lithiémie montre un REP bas de l'ordre de 0,03)».

Ma créativité artistique disparait de plus en plus, noyée sous les litres d’eau que me fait boire le lithium.

06/01/1992

Janvier 1992 - Reprise du travail

 Je reprends le boulot début janvier 1992, cela se passe bien mais mon élan vital diminue. A cause du Lithium, tout me parait terne et sans intérêt. Ce n’est pas vraiment la dépression mais la vie me parait bien monotone. Mon dynamisme interne est fortement émoussé.

En août, nous partons quinze jours en Italie chez les parents de Bilbo. Le séjour est agréable même si je prends du LYSANXIA (un anxiolytique) contre mes angoisses, du TINORAN (un antidépresseur) en plus du FLUANXOL (neuroleptique) et du TERALITHE (sel de Lithium).