18/04/1994

Avril 1994 - Mort de Mamie

Début avril 1994, c'est Mamie (ma grand-mère maternelle) qui rejoint Papa. 


Elle m’avait beaucoup aidé dans ma vie. Je l’adorais.


20/10/1992

Octobre 1992 - Mort de Papa

Papa meurt le 20 octobre 1992, à l'âge de 59 ans, moi, j'en ai 29.

Évidement, il me manquera longtemps, comme quelque chose de coutumier peut nous manquer, comme une drogue peut nous manquer. Il me faudra des années pour apprendre à vivre sans lui, pour décrocher., pour comprendre ce qui, à part la génétique, nous liait.

Parfois, je lui parlerai dans ma tête en une sorte de prière : un "Notre Père" très personnel qui comme toutes les prières ne trouvera pas de réponses.

Même quand nous sommes schizophrènes, Dieu ne nous répond jamais quand nous le prions « Pater noster ».

Je n'entendrai ou ne verrai jamais le fantôme de papa, mais il m'apparaitra en rêve assez souvent. Il y était vivant et avait refait sa vie. Une nuit, il me présentera même une très jolie demi-sœur.

De son vivant, il n'était pas très présent dans le foyer. Il passait ses weekends sur son bateau, sur ce lac dans lequel nous avons dispersé ses cendres cet automne 1992. La semaine, il bricolait tous les soirs dans son check, radio amateur et bidouilleur qu'il était, un petit local en soupente que nous appelions « l'Esctanco ».


Je comprends maintenant que c'était son refuge pour échapper à une réalité qui ne lui convenait plus. Une femme devenue insupportable après des années de vie commune et qui profitant de sa gentillesse, et aussi de ses faiblesses, l'avait exclu de sa propre tribu.
Ce que je retiens de mon père, c'est qu'il était discret et courageux (bien plus que moi). 
Je ne lui ai jamais dit que je l'aimais. J'aurais dû, mais ce n'est pas le genre de mots que l'on se disait dans la famille.

Pendant ce temps, le Docteur Philippe Séchier s’acharne à régler ma lithiémie,  mais, pour ceux qui connaissent un peu l’électronique, le lithium produit sur mon humeur un effet « condensateur de lissage » avec une tendance à l'atténuation des signaux vitaux. 

Sur mon dossier médical :

« 21.10.1992 - Dr Séchier

Nous avons appris hier le décès brutal de son père à 60 ans. Le patient nous semble avoir bien réagi, mais il est encore dans l'instant de la nouvelle, il n'est pas encore allé à Saint Jean de Maurienne et aurait aimé éviter cette visite, ce que nous lui déconseillons, d'autant qu'il restera le seul individu mâle de la cellule familiale.

Sinon avant ce décès, cela allait bien, mais sa vie était un peu lisse, sans trop de sel. Nous arrêtons le TINORAN et lui prescrivons du PRAZINIL.

Ordonnance remise pour un mois

- PRAZINIL : un matin et midi

- URBANYL : un si besoin

- FLUANXOL LP 20 : un cc IM/28 jours

- TERALITHE : deux matin et deux et demi le soir (nous avons augmenté la prise matinale car la dernière lithiémie montre un REP bas de l'ordre de 0,03)».

Ma créativité artistique disparait de plus en plus, noyée sous les litres d’eau que me fait boire le lithium.

06/01/1992

Janvier 1992 - Reprise du travail

Je reprends le boulot début janvier 1992, cela se passe bien, mais mon élan vital diminue. Peut-être à cause du Lithium, tout me parait terne et sans intérêt. Ce n’est pas vraiment la dépression, mais la vie me parait bien monotone. Mon dynamisme est fortement émoussé.

En août, nous partons quinze jours en Italie chez les parents de Bilbo. Le séjour est agréable même si je prends du LYSANXIA (un anxiolytique) contre mes angoisses, du TINORAN (un antidépresseur) en plus du FLUANXOL (neuroleptique en injection retard) et du TERALITHE (sel de Lithium).

13/11/1991

Novembre 1991 - Trouble bipolaire versus schizophrènie

Je m’installe définitivement chez ma copine Judith que je surnomme Bilbo.

Je prends mon antidépresseur (ANAFRANIL) un peu n’importe comment (parfois pas du tout, parfois une demie plaquette d’un coup) et je me retrouve rapidement en phase hypomane.

Sur mon dossier médical :

« Alors qu’il séjournait chez ses parents, il a présenté une crise d’excitation avec une agressivité verbale dirigée en particulier vis-à-vis de sa mère. »

Je suis réhospitalisé, ce 19 octobre 1991, à l'hôpital de Bassens (Chambéry). Pour me calmer, on me donne beaucoup de TERCIAN. Je ne veux pas rester à l’hôpital et Philippe Séchier m'accorde une permission au bout d'une semaine. Malgré cela, le dimanche soir, de retour à l'hôpital, je suis pris de cafard de ne plus être avec Judith. Je simule une grave douleur abdominale et, profitant du bazar que cela met dans l’unité, je m’évade au volant de la R21 que je viens d’acheter d’occasion à un collègue de boulot.

Le retour jusqu’à Grenoble est difficile avec tout ce TERCIAN, un puissant sédatif. A mi-chemin, je fais même un petit somme sur une aire de l'autoroute A41 à mi-chemin entre Chambéry et Grenoble.

Je tente une reprise professionnelle, mais le médecin du travail, le Docteur Marguerite Pelletier, demande au docteur Séchier de m’arrêter encore un peu, car je ne fais pas l’affaire dans mon travail vu mon état psychique disent mes chefs. En réalité, comme il y a peu de travail dans le service l'hiver, cela arrange tout le monde.
Je suis dans un speed important, mais gérable. Je suis plein de vie. Je profite donc de ce long arrêt maladie pour reprendre les cours aux Beaux-Arts en troisième année.

Je fais même une expo à la mairie de Tullins-Fures (38) pour les vœux 1992 du Maire André Vallini.

Sur mon dossier médical :

« Le 07.11.1991 le docteur Séchier 

FLUANXOL LP 20 : 2 cc IM/28 jours

TERCIAN 100 : (0-0-1)


Le 13.11.1991 – Dr Séchier :

Amélioration très nette, le contact est bon, le discours adapté et bien structuré, le patient n’apparaît plus exalté ni dispersé.
Le problème diagnostique qui se pose est celui de schizophrénie dysthymique versus trouble endogène de l’humeur avec caractéristiques psychotiques lors des accès aigus. Il est certain que le dernier accès nous est apparu plus dans le registre de l’exaltation maniaque et d’élation que dans le registre de la dissociation mentale. De plus, la charge familiale, dans la lignée paternelle, est loin d’être négligeable. Nous allons privilégier la seconde hypothèse pour l’heure et mettre en place un traitement préventif des troubles thymiques par sel de lithium 
».

01/05/1991

Mai 1991: Etre amoureux et revivre

Mai 1991, je pars de chez mon parrain et largue définitivement mon appartement pour habiter chez ma nouvelle copine et sa sœur. Elle finit son année universitaire et nous passons du temps ensemble. Je sèche souvent le boulot et j'ai quelques problèmes avec le service du personnel mais je m’arrange pour ne pas être viré. Mes comptes en banque sont aussi dans le rouge car les parents de ma copine n’assument pas leurs deux filles et il me faut souvent payer loyer et nourriture pour 3 avec un salaire qui s'est réduit à peau de chagrin à cause de l'arrêt des déplacements et de mes absences à répétition.


26.06.1991 - Docteur Séchier
Nous ne l'avions pas revu depuis deux mois, en fait il ne veut plus venir en HN. Nous le trouvons bien stabilisé sur le plan psychique.
Il reviendra en consultation tous les mois.
Ordonnance pour un mois :
- ANAFRANIL 25 : un matin et midi
- PROMOTIL : un le matin.


24.07.1991 - Docteur Séchier
Très bonne stabilisation sur le plan psychique. Pas de signe de la série psycho­tique, est normothymique. Son élan vital est correct, il finit par s'ennuyer un peu au travail, travail qu'il décrit comme routinier, il aspire à retrouver son niveau antérieur.
Ordonnance remise pour deux mois :
- ANAFRANIL 25 : deux le matin
- PROMOTIL : un le matin.