25/12/1989

Noël 1989 - Nucléaire et placement d'office

Même si le procès s'est bien passé, je reste fatigué. Depuis mon embauche comme responsable d'interventions dans les centrales nucléaires pour la société Merlin-Gerin, il y a plus d'un an et demi, je n'ai pas eu de vacances. Je deviens nerveux et fume cigarette sur cigarette. Le rythme imposé par le travail est difficile à suivre. Des problèmes de déontologie et les valeurs nucléaristes opposées aux miennes me perturbent aussi. J'assume mal mon métier de " salaud du nucléaire " car les plannings de fous m'empêchent de le faire bien. 

À Noël, chez mes parents à Saint-Jean-De-Maurienne, je ne vais pas bien du tout. 

J'aurai plutôt besoin de vacances, pourtant, le soir même, je redescends à Grenoble.

Très tôt le lendemain matin, je prends la direction de Creil (7 heures de route) où je retrouve Dominique chez une de ses sœurs. 

Le jour suivant, je dois intervenir sur les onduleurs de la centrale nucléaire de Saint-Laurent-Des-Eaux. Je suis vraiment très fatigué, mais je tiens. Je ne sais pas comment. 

Le lendemain, après encore trois heures de route, Dominique à mes côtés, je trouve un hôtel à Beaugency, tout proche de la centrale dans laquelle je dois intervenir dès le lendemain. 

Dominique n'est pas habituée à ce genre de séjour et ne comprend pas tous les codes et usages des nomades du nucléaire. Notre couple est en crise. Nous nous engueulons une bonne partie de la nuit dans la chambre en gênant les autres clients. 

Vers 6 heures du matin, après une mise au point avec l'hôtelier furax, je file seul dans la nuit et un brouillard épais vers la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux dans la petite voiture blanche au logo orange. Après un long passage au PAS (Poste avancé de sécurité) pour avoir mon badge magnétique, je rentre enfin sur le site pour voir mon client de Framatome qui tient à tout prix à me faire rentrer (sans autorisation valide) dans les locaux électriques et me faire rencontrer le câbleur de Spi Batignolles que je dois diriger pour la modification sur les onduleurs.

Après cette visite du futur chantier, l'organisation du planning de l'intervention et surtout une sorte d'intuition qui relève pratiquement de la vision médiumnique référant à quelque chose de cacher aux simples visiteurs de ce site. Je suis fort perturbé par un énorme questionnement sur la sureté et la contamination à Saint-Laurent-des-Eaux.  Quelque chose d'effrayant !

Plein de visions et de flashs très désagréables, je rentre à l'hôtel.

Je le retrouve difficilement toujours à cause du brouillard toujours épais (à l'époque, les GPS n'existaient pas) et je suis aussi envahi par des visions qui bientôt me submergent.

À peine arrivé sur le parking de l'auberge, une dizaine de policiers des renseignements généraux et une équipe de pompiers me tombent dessus et m'emmènent à l'hôpital psychiatrique de Fleury-Les-Aubrais.  

Par décision du préfet du Loiret, me voilà en placement d'office. 

18/11/1989

Novembre 1989 : Insultes à agent

Dans la nuit du 17 au 18 novembre 1989, après une soirée bien arrosée, avec Dominique, nous sortons fortement alcoolisés du bowling de Sportica (le centre de loisirs et de sport que la ville de Gravelines s'est payé avec les subventions d'EDF et de la centrale nucléaire). Dominique trébuche. En voulant la rattraper, je m'ouvre le cuir chevelu contre un pilier de béton. 
Le sang coule beaucoup. Dominique ne supporte pas cette vision et perdre connaissance. 
Des passants nous aident et appellent les pompiers.

Une fois dans l'ambulance, alors que nous allions partir vers les urgences de Dunkerque, un policier fait irruption et me demande des explications de manière vive et autoritaire. Je l'insulte. Il met la main sur l'étui de son arme. Quand mon pied va partir, l'un des pompiers me retient et demande au flic de sortir de l'ambulance.

Nous sommes amenés et soignés à l’hôpital de Dunkerque. Puis, nous rentrons sur Gravelines en taxi.

Le lendemain, alors que je sors de chez le médecin du village, où je suis allé faire voir mes 25 points de suture (quand même !) et mon crâne à moitié tondu, je suis attendu par un inspecteur de police qui me convoque au commissariat local :  Le flic vexé a porté plainte contre moi et aussi contre un copain qui l'a pris à partie quand il est descendu de l'ambulance des pompiers. Insultes à agent.

Je passe au tribunal de Dunkerque le 14 décembre. Grâce à un assez bon avocat, je n'écope que de 1500 FRF d'amende et, surtout, mon cassier judiciaire reste vierge (Condition sinéquanone pour continuer à travailler dans le nucléaire).

02/01/1989

1989 - MOX à Gravelines

Je travaille donc dans le nucléaire civil depuis juillet 1988.  Je me déplace beaucoup.

Début 1989, je commence à intervenir sur Gravelines qui est la plus grande centrale nucléaire de France (6 réacteurs de 900 MW côte à côte). À l’époque, il y a le passage au combustible MOX et donc beaucoup de boulot sur ces six réacteurs. Je réside dans le Nord (59). 
Le weekend, je revois Zaza. Nous allons en Angleterre, en Hollande…  
Mais le plus souvent nous nous retrouvons à Paris où elle habite maintenant avec un nouveau copain. (Le pauvre !) Nous louons souvent une chambre d’hôtel vers la gare Montparnasse. Il me faut ces récréations pour pouvoir tenir la semaine dans les centrales. 

Farida, elle, est parti un jour au bled (en Algérie) et je ne l’ai plus jamais revue. Elle m’a téléphoné bien plus tard pour renouer, mais j’étais dans une autre histoire de cœur.

À Gravelines, je rencontre une mignonne chtimette, Dominique. Elle me tient compagnie les nuits de brouillard.

01/07/1988

Juillet 1988 - Merlin Gerin et début dans le nucléaire

Mon diplôme de technicien en Électronique et Automatismes Industriels en poche, je me fais embaucher dans une grande entreprise de la région grenobloise pour faire des déplacements dans les centrales nucléaires.

Après quelques vacances aux Baléares avec Farida, j’assurerai le dépannage et les modifications des équipements de ce constructeur auprès de Framatome et d’EDF.

Après deux mois de formation sur le matériel à Grenoble, commence une belle période de trajets sur les routes de France. Peu de repos, dans mon petit appartement grenoblois ou en Suisse, où travaille Farida.

Je suis dévoué à la boite et disponible. Je gagne 35.000 FRF par mois. Je ne pense plus à la maladie mentale et ne prends plus aucun médicament.

Je suis devenu un sale petit con prétentieux, nucléariste et égoïste.

01/01/1988

1987 - Zaza / 1988 - Farida

Je participe au stage de Technicien en Électronique et Automatismes Industriels à l’AFPA de Pont-de-Claix (38) pendant un an. Je suis rémunéré (environ 4000 francs par mois) mais comme la nourriture et l’hébergement (en chambre de 3) ne coutent pratiquement rien, je m’en sors facilement.

J’ai, depuis peu, une nouvelle copine, Zaza. Je l’initie (entre autre) à l’héroïne…
Très vite, elle ramène de belles quantités de dope d’Amsterdam, car elle connait un moyen de passer facilement les douanes. Pour passer du temps ensemble, nous profitons de la maison de campagne de mes parents proche du centre de formation ou nous nous faisons héberger chez des copains grenoblois, Sophie et Rémy. Avec eux, nous faisons de belles fêtes.

Sophie & Rémi
Sophie et Rémy


Le rythme est un peu dur à soutenir, car pendant que les trois autres dorment, je dois aller en cours. La dope m’aide à tenir le coup. J’ai quelques remontrances de la part des formateurs à l'AFPA.
De jour en jour, Zaza fait de plus en plus de cinéma pour capter mon attention. Elle n'est pas très discrète avec la came non plus. L’histoire pourrait mal tourner et comme j’ai repéré à l’AFPA une petite Farida qui me plait bien, un matin, alors que nous nous étions engueulés (pour une histoire de dope surement), je mets Zaza dans un train pour Toulouse (où habite son père) et je lui dis au revoir. 

Peu de temps après, j’entame une relation avec Farida.

Le stage à Pont-de-Claix se finit tant bien que mal. 
Heureusement, comme j’ai un très bon niveau en informatique, je réussis l’examen.