01/07/1988

Juillet 1988 - Merlin Gerin et début dans le nucléaire

Mon diplôme de technicien en Électronique et Automatismes Industriels en poche, je me fais embaucher dans une grande entreprise de la région grenobloise pour faire des déplacements dans les centrales nucléaires.

Après quelques vacances aux Baléares avec Farida, j’assurerai le dépannage et les modifications des équipements de ce constructeur auprès de Framatome et d’EDF.

Après deux mois de formation sur le matériel à Grenoble, commence une belle période de trajets sur les routes de France. Peu de repos, dans mon petit appartement grenoblois ou en Suisse, où travaille Farida.

Je suis dévoué à la boite et disponible. Je gagne 35.000 FRF par mois. Je ne pense plus à la maladie mentale et ne prends plus aucun médicament.

Je suis devenu un sale petit con prétentieux, nucléariste et égoïste.

01/01/1988

1987 - Zaza / 1988 - Farida

Je participe au stage de Technicien en Électronique et Automatismes Industriels à l’AFPA de Pont-de-Claix (38) pendant un an. Je suis rémunéré (environ 4000 francs par mois) mais comme la nourriture et l’hébergement (en chambre de 3) ne coutent pratiquement rien, je m’en sors facilement.

J’ai, depuis peu, une nouvelle copine, Zaza. Je l’initie (entre autre) à l’héroïne…
Très vite, elle ramène de belles quantités de dope d’Amsterdam, car elle connait un moyen de passer facilement les douanes. Pour passer du temps ensemble, nous profitons de la maison de campagne de mes parents proche du centre de formation ou nous nous faisons héberger chez des copains grenoblois, Sophie et Rémy. Avec eux, nous faisons de belles fêtes.

Sophie & Rémi
Sophie et Rémy


Le rythme est un peu dur à soutenir, car pendant que les trois autres dorment, je dois aller en cours. La dope m’aide à tenir le coup. J’ai quelques remontrances de la part des formateurs à l'AFPA.
De jour en jour, Zaza fait de plus en plus de cinéma pour capter mon attention. Elle n'est pas très discrète avec la came non plus. L’histoire pourrait mal tourner et comme j’ai repéré à l’AFPA une petite Farida qui me plait bien, un matin, alors que nous nous étions engueulés (pour une histoire de dope surement), je mets Zaza dans un train pour Toulouse (où habite son père) et je lui dis au revoir. 

Peu de temps après, j’entame une relation avec Farida.

Le stage à Pont-de-Claix se finit tant bien que mal. 
Heureusement, comme j’ai un très bon niveau en informatique, je réussis l’examen.

01/09/1987

Septembre 1987 - La fuite


Quand un ami m’explique qu’une nuit, il a vu les gendarmes fouiller les poubelles de mon atelier, je décide qu’il est temps de quitter Saint-Jean-De-Maurienne. J’intègre alors un stage d’électronique industrielle à l’AFPA (Centre de formation professionnelle pour adultes) de Pont-de-Claix à côté de Grenoble.

01/06/1986

1986 - Renaissance

30.10.1985
Commence dès ce jour à Lyon un stage d'informatique pour une durée de 5 mois, il sera logé là-bas dans un foyer logement. En cas de problème, il a de la famille, un cousin germain qui accepte de le prendre en charge chez lui. Il a été contacté pour ce stage, suite à un test passé il y a un an, stage programmé par une boite américaine.
Il reviendrait une fois par semaine à Chambéry.
Je lui fais un renouvèlement d'ordonnance pour un mois avec un passage de PIPORTIL L4 de un CC à ½ CC tous les 28 jours.
Prochain RV le 16 novembre dans la matinée.
H.Aussedat


Je ne reverrai le Dr Hélène Aussedat qu'en 2021.

Fin octobre 1985, je commence, donc, une formation pour devenir analyste programmeur en informatique à Villeurbanne, près de Lyon. Cet organisme de formation privé s’appelle Control Data. Les cours sont très difficiles, surtout pour moi qui sors de cette période en psychiatrie qui m’a fait perdre beaucoup de mes capacités et les médicaments encore présents dans mon organisme. Je dois pourtant asiminier des langages de programmation compliqués (Cobol, Fortran, Pascal… )  en très peu de temps. Avec un cerveau encore bien ralenti par les résidus médicamenteux, je n'y comprends pas grand-chose ! La nuit, je couche dans une SONACOTRA, un foyer pour travailleurs minable et déprimant à une heure de métro et de bus de la formation. Ma chambre fait moins de 4 mètres carrés (à peine la place pour un lit, une armoire, une toute petite table, une chaise et un lavabo qui fuit. Les douches communes sont à l’étage, pas chauffées et dégueulasses (je ne me lave que le weekend chez mes parents). Je dois me faire à manger dans une cuisine commune qui pue, elle aussi. Il y a avec moi quelques autres stagiaires et des travailleurs immigrés qui ne parlent pas français. 
Je suis mal et au lieu de travailler mes cours d'informatique, je dors jusqu’à midi. Je n’ai qu’une petite radio comme compagne. Le vendredi soir, je rentre en Savoie et je n’ose pas parler de mes problèmes à mes parents de peur de les décevoir.
Au bout de deux mois, ma moyenne est insuffisante et la directrice me fout dehors.
Je rentre en Savoie, chez mes parents à Saint-Jean-de-Maurienne, avec un sentiment de lassitude et d'échec, mais aussi de soulagement.

Je traine un peu à l’ANPE et on me propose un TUC (Travail d’Utilité Collective) au lycée Paul Héroult de Saint-Jean-de-Maurienne. J'aide les élèves pour l'informatique et crée quelques programmes de gestion pour le lycée technique. Je ne gagne que 2500 francs par mois (moins de 400 €) mais je mets tout mon cœur à aider les élèves à comprendre l'informatique, une nouvelle discipline pour l'éducation nationale. Je crée également un programme de gestion des fournitures pour l'économat du lycée.
J’habite chez mes parents. Je suis encore très fatigué et très solitaire. Je me rappelle mes siestes devant le feuilleton Dallas avec Bambou, notre petite caniche, qui dormait sur mes jambes.

Puis, très progressivement, les effets des médicaments disparaissent. J'intègre alors une bande de copains de la ville. Des copains et surtout des copines. Nous faisons la fête et je recommence à me droguer… du dur !

Nous allons souvent en Italie à Turin où la dope est moins chère et assez facile à trouver.

Bizarrement, la prise d'héroïne me redonne gout à la vie. 
Mon contrat de TUC pour l'enseignement national fini, je trouve des missions en intérim assez bien payées pour quelqu'un qui comme moi n'a qu'un bac C et un demi diplôme d'art plastique.

Je dégote aussi, gratuitement, un immense atelier. Je reprends la peinture et, avec les copains, nous y faisons de belles fêtes.


La psychiatrie avait rendu ma vie noire, triste et compliquée. Tout redevient beau et agréable. 
Comme je n’ai plus de suivi médical et plus de médicaments, je maigris. J’ai le vent en poupe. Profitant de mon aura d’artiste maudit, punk et rebelle, je fais un maximum de conquêtes féminines. 


Je travaille aussi, maintenant, dans une usine du groupe Atochem, à 10 kilomètres de Saint-Jean. Je suis ouvrier de fabrication en produits chimiques : Un boulot vraiment tranquille en horaire en 3/8 qui me laisse pas mal de temps pour peindre, baiser et me défoncer. J'ai une copine officielle qui s'appelle Isabelle : Le bonheur !



17/10/1985

12 juin 1985 - Fin de la première hospitalisation

Extrait de mon dossier médical :

12.6.1985:
Accompagné de sa mère, il va bien, a trouvé du travail dans un bureau d'études. Il commencera à partir du 20 juin, pour l'été, devrait retourner à partir de septembre 1985 à Georges Dumas, est toujours suivi par le Dr Chabalay.
Je revois Mr GOIRAND... le 19.6.1985.

H.AUSSEDAT

Je suis à nouveau suivi, sur Chambéry, par Hélène Aussedat.

19.6.1985
Très en forme, a arrêté le Melléril après une diminution progressive.
Il doit travailler à partir de lundi 24 comme métreur (mesure des ferrailles)
Je lui fais une prescription d'HEPTAMYL: 3 comprimés par jour

Son traitement actuel est le suivant :

- PROMOTIL : un comprimé le matin et un comprimé à midi
- LEPTICUR : un comprimé matin, un comprimé midi
- HEPTAMYL : 3 comprimés par jour
- PIPORTIL M2 + PONALIDE IM : trois ce par jour.

Prochain RV le 29 juin 1985.

H.AUSSEDAT

Il s’agit en fait d’un travail de soudeur sur aluminium à la société CLAUSER, petite entreprise sous Sous-traitante de Pechiney à St Jean de Maurienne. M. Clauser est un copain de papa. Je ne sais pas souder et encore moins l’aluminium. Il faut beaucoup d’expérience avant d’y arriver.
Finalement, je me retrouve devant une scie circulaire vétuste à débiter des plots de ferraille (pas génial avec les médicaments !) puis sur un chantier comme aide monteur me faisant insulter par les gars qui me reprochent de ne pas tenir les pièces droites malgré les boulettes de métal en fusion qui me giclent sur les bras et le visage. De plus, les pièces sont lourdes, nous travaillons dans un fort champ magnétique et je suis encore faible.  Au bout de deux jours et demi, après le repas de midi, je supplie papa de venir m’excuser auprès du contremaitre et de faire arrêter ce massacre. Mon père est un brave homme, il accepte. Nous allons voir le gars. Je démissionne donc sur le tas. Papa me ramène à la maison. Je dors pendant deux jours.
Bonne surprise, à la fin du mois, je recevrai un petit chèque pour mes trois jours de « boulot ». 
Sympa, ce Monsieur Clauser !

Extrait de mon dossier médical :

29.6.1985
Arrive accompagné de son père. Il a dû interrompre le travail qu'il faisait, car c'était un travail très fatigant pour lui, trop manuel. Il recherche actuellement du travail de plein air dans un centre de vacances (style palefrenier). Il se plaint de difficultés de concentration, de difficultés de lecture et de se sentir raide et gauche dans ses mouvements. Au niveau du traitement, le neuroleptique retard est continué. Il prendra un comprime de PROMOTIL le matin

Arrêt de Lepticur et de l'Heptamyl. Il revient le 13 juillet, vers 1O H OO.

H.AUSSEDAT


13.7.1985
Arrive accompagné de son père, habillé tout en noir avec une salopette noire, une chemise noire, une veste noire. Lorsque je lui pose la question de pourquoi il s'est habillé en deuil, il répond parce qu'il aime cet ensemble. Toujours très évasif, souriant, il semble détendu, il dit dormir trop à raison de 14 heures la nuit.
Aura sa prochaine injection retard le 25 juillet et aura 2CC au lieu de 3 CC. Renouvèlement de son ordonnance pour un mois.
PROMOTIL : 2cps par jour
PIPORTIL M 2 : 2 CC + PONALIDE tous les 15 jours.

H.AUSSEDAT


7.8.1985
Va bien, très souriant. A pris du poids, s'arrondit, présente un faciès lunaire.
Son injection est :
PIPORTIL Un CC + PONALIDE

H.AUSSEDAT

Je passe une partie du mois d’aout avec mes parents entre St Jean de Maurienne et le lac du Monteynard où papa a un bateau. Nous faisons aussi un petit séjour en Bretagne avec papa, maman et mes deux sœurs (Combourg, Cancale, Mont St Michel …) pour le mariage de mon oncle Pierre, le frère ainé de mon père, et de Jacqueline. Je suis gêné par rapport au reste de la famille paternelle. J’ai l’impression d’être un zombie, complètement vide d’intérêt, incapable d’exprimer mes sentiments. De m’exprimer tout court.

Mes parents, voulant me sortir de ma léthargie, me proposent de passer le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur de centre de vacances et de loisirs). Maman a été monitrice en colonies de vacances étant jeune. Je fais ce stage début septembre, mais c’est une catastrophe. Je me sens si différent des autres et je suis tellement fatigué (je fais même de l'autostop lors des jeux de piste).

Extrait de mon dossier médical :

6.9.1985
Revient d'un stage pour être moniteur de colonie de vacances. Ce stage a duré une semaine. Il a présenté des difficultés d'intégration dans ce groupe de jeunes (ils étaient environ une trentaine). Il dit avoir souffert de ne pouvoir communiquer normalement avec les autres. Il se sentait manquer de spontanéité, ne s'intéressait pas à ce qui se passait dans le groupe, les autres l'ennuyaient et lui donnaient une impression de futilité.
Actuellement, il vit chez ses parents, se lève à midi, mange légèrement et passe son temps devant la télévision. Il dit ne pas avoir d'amis par peur d'être déçu. Il n'a de goût à rien et rien ne l'intéresse. Par rapport à l'avenir, il n'a aucun projet, se laisse vivre.
Je le revois la semaine prochaine.

H.AUSSEDAT

27.9.1985
II lui semble que les trois comprimés de PROMOTIL pris augmentent son impossibilité de tenir en place mais sans lui donner plus d'initiative pour autant, ce qui l’angoisse. Je lui demande donc d'en prendre que deux comme antérieurement.
Ordonnance faite pour un mois avec :
- PIPORTIL : un CC tous les 15 jours
- PROMOTIL : 2 comprimés par jour, un le matin et un à midi.

H.AUSSEDAT


Je m’inscris à l’ANPE et y fait quelques stages de recherche d’emploi sans vraiment y croire.


2.10.1985
Ce jour, passe du Piportil M2, un CC tous les 15 jours à PIPORTIL L4 : un CC toutes les 4 semaines.
A deux fois par semaines, à raison de deux heures, il suit des cours d'informatique faits par le GRETA pour une durée de trois mois jusqu'en décembre 1985.

H.AUSSEDAT

Ce stage me plait bien. J’ai toujours aimé l’informatique même si à l’époque elle n’en est qu’à ses balbutiements.


9.10.1985
Vu ce jour. Dit avoir plus de facilités pour réfléchir. A probablement trouvé un stage d'animation dans une station de ski pour l'hiver. Ses cours d'informatique se passent bien et il se sent réceptif.

H. AUSSEDAT

Il s’agit d’un emploi d'animateur rémunéré très correctement qui me permettrait aussi de valider mon stage BAFA auquel j’avais pourtant eu un avis défavorable. Le responsable de l’animation des Karellis est en fait Daniel Gros, un copain théâtreux de ma sœur Sophie. Elle a joué dans sa troupe et, sympathiquement, il me pistonne un peu.

Extrait de mon dossier médical :

17.10.1985
Je le vois ce jour, il est très content car il a trouvé du travail dans la station de ski des Karellis où il sera animateur à partir du 15 décembre. C'est un travail qui consisterait dans de l'animation avec organisation de spectacles, accueil des gens et information avec un journal. Il a vu hier le responsable qui lui a expliqué en quoi consistait le travail et qui lui a laissé entendre qu'il y avait de fortes chances qu'il soit pris.
Je le revois le 30.10.1985 où il aura également son injection de neuroleptique retard.

H. AUSSEDAT