29/05/2025

Humeur et Rythmes

Si la folie est une coupure de la relation avec les autres, elle est aussi une rupture du rythme, une perte de structure. Un état stable implique une certaine routine. Quand cette stabilité devient une mélancolique monotonie, il en relève de la stase et de l'engourdissement psychique. La conscience alors lassée cherchera une issue. La folie peut être perçue comme une déconnexion des attentes sociales, des routines et des rythmes habituels qui nous invite à reconsidérer la santé mentale dans un cadre plus holistique, intégrant la relation, le rythme et l'expérience vécue.

La santé mentale est intimement liée aux rythmes biologiques. Ses troubles sont, la plupart du temps, associés à des perturbations dans le sommeil, l'appétit et l’énergie, affectant ainsi la façon dont une personne s'engage dans la vie quotidienne. Une personne dépressive, par exemple, peut se retrouver dans un cycle d'insomnie ou d'hypersomnie, qui la conduit à un décalage par rapport aux rythmes classiques de la vie sociale et professionnelle.

Les routines et les rituels structurent souvent nos expériences quotidiennes et nous aident à naviguer dans le monde. Ils fournissent un cadre prévisible qui nous stabilise. Chez une personne folle, ces rituels peuvent être perturbés. Un individu peut sentir qu'il ne peut plus suivre les normes de comportement attendues, ce qui entraîne un stress supplémentaire et une perte de contrôle sur sa vie.

La folie transforme également la manière dont un individu perçoit le monde. Cela peut aller de la dissociation, où l'individu se sent détaché de sa propre expérience, à la manie, où la perception est trop intense. Ces états altèrent la relation d'un individu avec ses pensées, ses émotions et son environnement, perturbant encore plus ses rythmes de vie.

Il est intéressant de noter que certains penseurs et artistes ont exploré cette rupture du rythme comme une forme de créativité radicale. Des figures comme Van Gogh ou Virginia Woolf ont considéré des émotions intenses et des expériences de folie comme sources d'inspiration. Cela soulève la question de savoir si, dans certains cas, cette rupture peut aussi mener à une forme de réinvention de soi ou de travail artistique.

La folie, en tant que coupure de la relation avec l'autre et rupture du rythme, ouvre un champ d'exploration riche et complexe. Elle nous pousse à réfléchir à la nature des relations humaines, à l'impact des normes sociales et à la manière dont les individus peuvent trouver leur place dans un monde souvent dysfonctionnel. 

Entre l'angoisse d'un futur qui se révèlera, de toute façon, différent de ce que nous projetons et la souffrance d'un passé parfois pas si douloureux, le présent est-il un état de stabilité établi ou une porte ouverte au mouvement de la vie ? 
 

 Ce temps arrêté, ces moments où rien ne semble se passer, où tout semble suspendu est le moment du bardo psychiatrique d'Artaud. Il est celui où les psychiatres aiment nous voir. Ils craignent que nous franchissions le portail. Quand nous en passons le seuil, avec leurs drogues, ils nous ramènent à l'endroit que la société (l'environnement) détermine comme sécure pour elle. 

06/04/2025

Psychiatrie et violences

Les violences en psychiatrie peuvent prendre plusieurs formes et sont un sujet de préoccupation majeur dans le domaine de la santé mentale. Voici quelques points importants à considérer :

1. Types de Violences :

- Violence Institutionnelle : Cela inclut les abus de pouvoir au sein des établissements de santé mentale, où les patients peuvent être soumis à des traitements coercitifs, tels que l'immobilisation ou des médicaments administrés contre leur volonté.

  - Violence Sexuelle : Cela concerne les abus sexuels commis par des professionnels de santé, y compris des psychiatres, sur des patients vulnérables. Les patients dans les établissements psychiatriques peuvent être particulièrement exposés à ce risque en raison de leur état de vulnérabilité.

- Violence entre Patients : Dans certains cas, il peut y avoir des violences physiques ou psychologiques entre patients à l'intérieur des établissements.

2. Facteurs Contributifs :

- Vulnérabilité des Patients : Les personnes en souffrance mentale sont souvent considérées comme plus vulnérables et moins susceptibles de se défendre ou de faire entendre leur voix.

- Manque de Formation : Certains professionnels manquent de formation adéquate concernant le respect des droits des patients, ce qui peut conduire à des abus.

- Stigmatisation : La stigmatisation associée à la maladie mentale peut conduire à des attitudes dévalorisantes de la part du personnel envers les patients.

3. Conséquences :

- Traumatismes Psychologiques : Les abus peuvent avoir des répercussions graves sur la santé mentale des victimes, aggravant leur état ou entraînant des troubles supplémentaires.

- Perte de Confiance : Les abus peuvent mener à une méfiance envers le système de santé mentale et à une réticence à rechercher de l'aide à l'avenir.

4. Mesures de Protection :

- Protocoles de Signalement : Des mécanismes doivent être en place pour permettre aux victimes de signaler les abus en toute sécurité.

- Formation du Personnel : La formation sur les droits des patients et les bonnes pratiques soignantes est essentielle pour prévenir les abus.

- Surveillance Externe : Des organismes de surveillance indépendants peuvent aider à garantir que les droits des patients sont respectés.

5. Lutte Contre la Stigmatisation : 

Sensibiliser le public et les professionnels à la santé mentale et aux droits des patients est essentiel pour créer un environnement dans lequel les abus sont moins probables et où les patients se sentent en sécurité pour exprimer leurs préoccupations.

Conclusion :

Les violences en psychiatrie sont une triste réalité, mais il existe des mesures qui peuvent être mises en place pour protéger les patients et promouvoir un traitement éthique et respectueux. L'éducation, la sensibilisation et des politiques de protection rigoureuses sont essentielles pour prévenir ces abus et garantir la santé et le bien-être des personnes en souffrance mentale.

21/05/2024

2024 - Il s'accharne

Depuis ma sortie du CHS de Saint-Égrève, le 19 octobre 2023, je suis suivi par le Dr Pontarollo. 
Habitué à travailler avec des prisonniers, celui-ci me maintient sous injection d'Abilify à 300mg/28 jours. Il reste complètement hermétique à mes demandes de baisser de traitement. Pourtant je sais que, comme déterminé avec les Dr Séchier et Basson, 4 ou 5 mg/jour me conviennent parfaitement. 

Comme il ne veut rien entendre, je consulte, en mai 2024, le Dr Olliverin que j'avais déjà rencontré en 2018. Je passe à 5 mg/jour d'Aripiprazole

04/11/2023

Persona (non grata ?)

Combien de persona* pour découvrir notre Dieu intérieur ? Combien de rôles à jouer ? 
Adhésion puis répulsion : Comment se débrouiller avec ça pour être enfin soi-même ?
               

* persona vient du latin (du verbe personare, per-sonare : parler à travers) où il désignait le masque que portaient les acteurs de théâtre. Ce masque avait pour fonction à la fois de donner à l'acteur l'apparence du personnage qu'il interprétait, mais aussi de permettre à sa voix de porter suffisamment loin pour être audible des spectateurs.

Dans sa psychologie analytique, Carl Gustav Jung a repris ce mot pour désigner la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société, la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini afin de tenir son rôle social. Le moi peut facilement s'identifier à la persona, conduisant l'individu à se prendre pour celui qu'il est aux yeux des autres et à ne plus savoir qui il est réellement. Dans ce cas, la persona de Jung est proche du concept de faux self de Donald W. Winnicott. Il faut donc comprendre la persona comme un « masque social », une image, créée par le moi, qui peut finir par usurper l'identité réelle de l'individu.

22/09/2023

Septembre 2023 - Nouvelle hospitalisation

Le vendredi 22 septembre 2023, sûrement à cause d'une consommation excessive de cannabis et la diminution trop rapide de mon médicament (Abilify), je me retrouve dans une nouvelle phase délirante. 

Je ne sais pas par quel miracle ma femme et mon fils me retrouvent en train d'errer dans les rues de Grenoble. 

Ils m'amènent ensuite aux urgences générales du CHU Grenoble-Michalon.

Mon séjour y fut horrible. 

Parce que la médecine française est très esquintée, je n'ai pas été pris en charge correctement ; j'ai traîné dans le service des urgences en pyjama, sans chaussures, piétinant dans le sang et parfois l'urine des autres patients, dormant sur un brancard au milieu des plaintes et des gémissements des personnes en détresse pendant 13 jours. J'ai aussi dû me débrouiller pour laver mon seul caleçon et mes chaussettes vite sales, car je n'ai pas de chaussures pour aller dehors fumer les cigarettes que je tapais à d'autres patients ou à leurs accompagnants.  
Par chance les journées étaient belles et je pouvais faire sécher ces maigres effets au soleil. 
Avoir un rasoir était compliqué et il n'y avait que 2 WC pour la centaine de personnes en attente de transfert dans d'autres services. 
Les repas n'étaient que des clubs sandwichs (Thon, Poulet ou Jambon qui, au bout d'un moment, avaient tous le même goût).  

Finalement, mon état psychique n'étant pourtant pas si mauvais que cela. (J'ai bien eu le temps de redescendre), les soignants des urgences générales (peu rompus à la psychiatrie) ont décidé d'un placement sous contrainte au CHAI (Centre Hospitalier Alpes Isère) de Saint-Égrève. Je suis donc resté en déshérence aux urgences adultes pendant presque 13 jours avant d'accéder au service APEX du CHAI qui m'a libéré 15 jours plus tard.

Je ne serai transféré que le 4 octobre (donc 13 jours plus tard) au CHAI dans le service APEX qui pratique le tri entre les différentes pathologies psychiatriques. 

Là, tout sera bien différent : nous ne sommes qu'une petite vingtaine de patients et l'équipe est très dévouée et avenante. 

Je sortirai de l'hôpital psychiatrique le 19 octobre après quelques permissions tests. Mais je dois quand même avoir une injection d'Abilify maintena 300 mg tous les 28 jours.
Tout ça parce que les urgences m'ont maintenu deux semaines dans leurs murs.