Combien de persona* pour découvrir notre Dieu intérieur ? Combien de rôles à jouer ? Adhésion puis répulsion : Comment se débrouiller avec ça pour être enfin soi-même ?
*personavient du latin (du verbe personare, per-sonare :parler à travers) où il désignait lemasqueque portaient lesacteurs de théâtre. Ce masque avait pour fonction à la fois de donner à l'acteur l'apparence du personnage qu'il interprétait, mais aussi de permettre à savoixde porter suffisamment loin pour être audible des spectateurs.
Dans sa psychologie analytique, Carl Gustav Jung a repris ce mot pour désigner la part de la personnalité qui organise le rapport de l'individu à la société, la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini afin de tenir son rôle social. Le moi peut facilement s'identifier à la persona, conduisant l'individu à se prendre pour celui qu'il est aux yeux des autres et à ne plus savoir qui il est réellement. Dans ce cas, la persona de Jung est proche du concept de faux self de Donald W. Winnicott. Il faut donc comprendre la persona comme un « masque social », une image, créée par le moi, qui peut finir par usurper l'identité réelle de l'individu.
Le vendredi 22 septembre 2023, peut-être à cause d'une consommation excessive de cannabis et la diminution trop rapide de mon médicament (Abilify), je me retrouve dans une nouvelle phase délirante.
Je ne sais pas par quel miracle ma femme et mon fils me retrouvent en train d'errer dans les rues de Grenoble.
J'ai été ensuite amené aux urgences générales du CHU Grenoble-Michalon.
Mon séjour y fut horrible.
Parce que la médecine française est très esquintée, je n'ai pas été pris en charge correctement ; j'ai traîné dans le service des urgences en pyjama, sans chaussures, piétinant dans le sang et parfois l'urine des autres patients, dormant sur un brancard au milieu des plaintes et des gémissements des personnes en détresse pendant 13 jours. J'ai aussi dû me débrouiller pour laver mon seul caleçon et mes chaussettes vite sales car je n'ai pas de chaussures pour aller dehors fumer les cigarettes que je tapais à d'autres patients ou à leurs accompagnants.
Par chance les journées étaient belles et je pouvais faire sécher ces maigres effets au soleil. Avoir un rasoir était compliqué et il n'y avait que 2 WC pour la centaine de personnes en attente de transfert dans d'autres services.
Les repas n'étaient que des clubs sandwichs (Thon, Poulet ou Jambon qui, au bout d'un moment, avaient tous le même goût).
Finalement, mon état psychique n'étant pourtant pas si mauvais que cela. (J'ai bien eu le temps de redescendre), les soignants (peu rompus à la psychiatrie) ont décidé d'un placement sous contrainte au CHAI (Centre Hospitalier Alpes Isère) de Saint-Égrève. Je suis donc resté en déshérence aux urgences adultes pendant presque 13 jours avant d'accéder au service APEX du CHAI qui m'a libéré 15 jours plus tard.
Je ne serai transféré que le 4 octobre (donc 13 jours plus tard) au CHAI dans le service APEX qui pratique le tri entre les différentes pathologies psychiatriques.
Là, tout sera bien différent : Nous ne sommes qu'une petite vingtaine de patients et l'équipe est très dévouée et avenante.
Je sortirai de l'hôpital psychiatrique le 19 octobre après quelques permissions tests. Mais je dois quand même avoir une injection d'Abilify maintena 300 mg tous les 28 jours, tout ça parce que les urgences m'ont maintenu deux semaines dans leurs murs.
Une psychiatrie blanche : Vous y allez parce que vous ne vous sentez pas bien (Admission volontaire).
Une psychiatrie noire : Vous y allez parce qu'on ne vous sent pas bien ou parce qu'on ne peut plus vous sentir. (Hospitalisation à la demande d'un tiers - Hospitalisation d'office).
Parfois, quand je raconte ce que j'ai vu et vécu en psychiatrie, on me traite d'affabulateur, de gros mytho ou, bien-sûr, de vieux fou.
Non, vous n'êtes pas obligés de me croire mais si les parents savaient ce qu'il s'y passe, jamais ils ne mettraient leurs gosses dans ces endroits de non droit, ces endroits de terreurs et de souffrance que sont les hôpitaux psychiatriques.
Toutes les personnes ayant connu l'HP et la prison que j'ai pues rencontrer sont unanimes : Toutes, absolument toutes, préfèrent un séjour en prison plutôt qu'en HP.
À 60 ans, maintenant, je crois savoir : j'ai peut-être vécu un truc bien dégueulasse quand j'avais trois ans et l'autre gars treize ou quatorze.
Depuis deux ans, suite à l'inhumation d'un cousin de Papa dans la concession familiale, indiciblement et très doucement revenaient quelques images de ma toute petite enfance, tous premiers souvenirs sensiblement exæquo avec celui de mon Grand-Père paternel sur son lit de mort. Le souvenir d'une mitraillette en bois magnifiquement imitée, de raies de lumière sur un dessus-de-lit, d'un plancher sombre, d'un pigeonnier. d'une maison à Claix dans la banlieue de Grenoble. La première empreinte émotionnelle n'émergent que lorsque je me retrouvai à 4 pattes devant une prise électrique en train de hurler et que Maman et Papa arrivèrent dans la chambre de ce cousin de papa en demandant ce qu'il s'y passait, les explications bidons, mais convaincantes de mon tortionnaire.
S'ils m'y ont surement préparé, ce ne sont pas ces 40 ans de psychiatrie et de (trop) forte médication, ni même la psychologie, qui m'ont aidé à résoudre ce dossier où tient, en quelque sorte, l'histoire de ma vie, mais une guérisseuse énergéticienne.
Maintenant, je sais. Je sais comment j'ai remplacé ma douleur par de la colère, ma tristesse par, souvent, de la franche déconnade. Je comprends aujourd'hui mon côté punk et ma rébellion contre le système… contre tous les systèmes, rebelle esquinté.
Je sais à présent aussi pourquoi, fin 1984, mes parents ne comprenaient pas mon hypersensibilité et mes réactions souvent excessives. Je leur pardonne leur incapacité à comprendre l'enfant terrible que je suis devenu à cause de cet épisode de ma vie. Je les remercie aussi, comme je remercie la vie, de m'avoir fait connaître toutes ces aventures.
Je comprends également pourquoi, quand une ou un psychologue me faisait pratiquer l'exercice de l'enfant intérieur, je ne visualisais qu'un fétu mort ou un corps tout rabougri et meurtri.
Diagnostiqué schizophrène en 1985, j'ai passé ma vie à prendre des tonnes de neuroleptiques, des régulateurs de l'humeur et d'anxiolytiques pourtant parallèlement je trouvais aussi un CDI dans le nucléaire civil.
Comment un soi-disant schizophrène a-t-il pu intégrer le secret défense français pendant 30 ans ?
D'abord responsable d'interventions pendant 3 ans pour la société Merlin-Gerin (devenue plus tard Schneider-Electric puis Rolls-Royce Civil Nuclear), j'ai vécu, de 1988 à 1990, à un rythme effréné dans le milieu anxiogène, grandiose et hostile des réacteurs. Même si c’est illégal, je n’ai pas eu un jour de repos pendant cette période. Parcourant la France dans tous les sens avec ma petite voiture (une Renault 5 diesel), j’intervenais rapidement et le plus efficacement possible avec ou sans mes gars, larbins sous-traitants d'EDF que nous étions, cumulant les kilomètres, mais heureusement pour moi et contrairement à beaucoup d'autres, pas les doses de radiations.
" Travailler dans les centrales nucléaires est une expérience unique. Dans les CPN, la vie d’un homme n’a pas beaucoup de valeur si on la compare au prix de l’énergie. Le monstre de béton et de ferraille réduit, ici, le travailleur à une fonction de « chair à neutrons » Aujourd'hui, il ne lui est plus demandé de bien faire son boulot mais de le faire vite. La production est prioritaire. Ne pas le comprendre peut amener à faire n’importe quoi, et le comprendre amène au burn-out. Quand il s’agit de faire fonctionner la machine, cela n’a aucune importance ".
Je garde quand même un souvenir ému de cette période qui a pourtant failli s'achever de manière tragique : C'était à Saint-Laurent-Des-Eaux, où j'intervenais sur les onduleurs, juste avant la Saint Sylvestre et le passage en 1990. Je me rappelle de cet épisode de ma vie comme si c'était hier.
De notre première dispute de couple avec Dominique à l'hôtel et de l'engueulade matinale avec l''hôtelier, de mon passage express à la centrale, de la révélation de l'"omerta atomique" , de ma mise en placement d'office ensuite. Ce même matin de brouillard où les policiers qu'avait mandatés le préfet du Loiret m'ont arrêté, des mensonges me concernant qu'avait extorqué les mêmes flics ensuite à ma copine, de la rudesse de la chambre d'isolement de l'hôpital de Fleury-Les-Aubrais ensuite, puis du transfert en ambulance deux semaines plus tard au CHS de l'Isère.
Quand, au bout de deux mois, l'hospitalisation sous contrainte fut levée, j'ai essayé de reprendre mon métier de responsable d'interventions dans les centrales nucléaires mais, à cause des médicaments, je n'y suis pas arrivé.
Les années suivantes, j'ai été reclassé dans des taches de moindre importance comme la réparation des sous-ensembles électroniques, leur contrôle et leur qualification. Mes collègues étaient sympas et nous étions assez solidaires face à notre malveillante et mesquine hiérarchie.
Notre chef de service, était lui un petit roquet teigneux et de 1990 à 2007, répondant au doux surnom de "Malade mental ", j'ai dû le subir encore plus que les autres.
Aidé par les RH, il cherchait à tous prix à me pousser à la faute pour me faire licencier. Il m'humiliait également le plus possible.
Je le revois, par exemple, m'invectivant parce qu'il me fallait boire beaucoup d'eau à cause de mon traitement par sels de lithium. Il faut quand même dire que les locaux de notre annexe à Poisat n'était pas climatisés et que l'été nous y relevions souvent des températures supérieures à 35°C.
Mais j'ai tenu. J'ai tenu pendant plus 30 ans sans le statut de handicapé qui de toute façon ne correspondait pas à l'image de base que j'ai de moi-même En cachant les choses ou en les racontant à ma sauce, j'ai résisté.
Ma femme, Judith, m'y a alors beaucoup aidé.
Quand ce chef de service nabot, alcoolique et tortionnaire est enfin parti à la retraite, son remplaçant m'a donné une chance en me nommant contrôleur technique. Cette fonction était intéressante car par ma maitrise des différents équipements électroniques, parfois complexes et de leurs fonctions dans les réacteurs nucléaires, je prenais un rôle important en ce qui concerne la sureté et la pérennité de l'instrumentation de contrôle et de commandes des installations nucléaires françaises et de quelques unes à l'export.
Je sortais à nouveau de l'ombre mais pas non plus vraiment prêt à faire des concessions vis à vis des failles du système ou a être le simple "cocheur de cases" nécessaire pour la validations d'un travail parfois douteux ou carrément non effectué. Même de mieux en mieux payé, je n'étais pas prêt à être au service du lobby nucléaire et de ses magouilles. Je refusais le rôle d'éventuel fusible que ma hiérarchie tentait peu à peu de me faire tenir quand je devait signer des suivis d'opérations pratiquement les yeux fermés. Pas question dans mon éthique personnelle d'être un signataire bidon de plus sur un plan qualité de complaisance. D'être un pantin sans foi ni loi comme le sont beaucoup d'arrivistes de cette filière.
Alors sont venus les interrogations et les scrupules - un autre conflit de loyauté - vis à vis de moi-même d'abord, de mon métier et des générations futures ensuite.
En 2014, il y avait longtemps que je ne trouvais plus de motivation pour aller travailler.
Matin après matin, c'était de pire en pire. Les dernières années, c'était devenu si monotone, qu' aller au travail était devenu extrêmement douloureux. La fonction de contrôleur technique n'étant plus respectée et devenue une sorte de rôle qu'il me fallait jouer mais en n'étant pas trop regardant sur ce que l'on renvoie au client. Comme " saloper " le travail a toujours été impossible pour moi, tout cela déboucha sur un terrible burn-out qui me valu dans un premier temps pratiquement deux ans et demi d'arrêt maladie et qui se termina par une courte hospitalisassions en février 2017, à ma demande, histoire de trouver un peu de répit loin de la famille. Ce séjour en psychiatrie fut pourtant l'une de mes pires hospitalisation A la fin, mon toujours psychiatre le Docteur Philippe Séchier, me proposa un statut d'invalidité. La pension représentant la moitié de mon salaire complété par la rente d'une assurance gros risque.
Laissant de coté ma carrière dans le nucléaire civil, je me disais qu'une nouvelle vie pourrait commencer pour moi et quelle me laisserait le temps de faire ce que j'aime par dessus tout, l'Art.