04/02/1985

Février 1985 - Traitement de cheval

Je suis hospitalisé depuis un mois à l’unité 2 de l’hôpital psychiatrique du Nivolet à Chambéry. Je suis complétement défoncé par les médicaments. Je n’ai qu’un vague souvenir de cette période.

Extrait de mon dossier médical :

04.02.1985
Plus calme, est toujours très dissocié. 
Demande ce qu'il y a au programme de la société. Celle où il n'y a que des femmes, sa grand-mère, sa mère, ses sœurs .. Il montre sa cigarette en disant que c'est sa petite sœur qui fume et qu'il ne voudrait pas qu'elle finisse comme lui. On laisse le traitement inchangé.
 
H. AUSSEDAT



le 28.02.1985 on peut lire dans mon dossier médical :



... Son traitement actuel est le suivant :

- PIPORTIL M2 : 3 cc + PONAMIDE une ampoule une fois tous les 14 jours.
- PROMOTIL : comprimés par jour
- HALDOL : 60 gouttes
- LEPTICUR : 3 par jour
- HEPTAMYL : 150 gouttes


Me voici donc, moins de deux mois après mon internement, chargé comme une mule de divers psychotropes, neuroleptiques, antiparkinsoniens et autres correcteurs.
Heureusement, j'étais, à l'époque, de bonne constitution.

01/02/1985

Février 1985 - Mensonge maternel

Extrait de mon dossier médical :

Entretien avec la mère :

Elle semble très angoissée, discours haché, demande des nouvelles de son fils, se renseigne sur son comportement dans le service. 
Elle nous explique que pour elle les troubles remontent à Noël avec d'abord des bizarreries dans son appartement, il avait tapissé le mur de sa chambre avec des sacs de poubelle en plastique noir. 
Il n'ouvrait plus ses fenêtres et avait mis un petit spot dans sa cuisine.Se regardait dans la glace assez longtemps avec des bizarreries.

Elle a retrouvé de la cocaïne dans la chambre de son fils 

Elle dit qu'avant tout allait très bien, que peut-être elle l'a trop gâté, elle a un fils et deux filles, peut- être elle l'a plus gâté que ses filles, elle ne sait pas.

Puis, elle sort une petite liste de choses qu'elle a à nous demander, pour ses piqûres, pour le labo photo, est-ce qu'éventuellement il pourrait faire du sport, comment ça va se passer pour son travail ultérieurement.

H. AUSSEDAT

Il ne s'agissait pas du tout de sacs poubelles mais de bâches de vinyle noir que j'avais achetées à Agri-Sud-Est, un magasin de fournitures pour agriculteurs, et sur lesquelles je pouvais graffiter sans pourrir la tapisserie aux motifs kitchs et moches de la cuisine de mon appartement du 1 rue Condorcet à Grenoble. Pas de ma chambre, elle, je l'avais repeinte d'un beau blanc). Aujourd'hui cette techniques de bâche est très rependue quand on veut graffer sur châssis ou en épargnant les murs.

J'aérais tous les jours pour chasser les odeurs de peinture.

Le spot lumineux  : La lumière était un problème dans cet appartement situé au premier étage. Il n'y avait jamais de soleil et il fallait bien que je voie ce que je peignais, non ?
Oui, comme beaucoup de jeunes dandys modernes, je prenais soin de mon look et je me regardais dans le miroirs
La cocaïne était du bicarbonate de soude que j’avais eu gamin avec le jeu " Chimie 2000 ". Ma mère est même allée jusqu'à faire analyser le produit dans le laboratoire où elle travaillait mais jamais elle n'a fait de démenti aux médecins de ses propos mensongers.

En commentant ces observations, de mon dossier médical, je prends conscience que ma propre mère a été toxique à mon égard et, le pire, c'est que le Docteur Hélène Aussedat l'ait crue.

Extrait de mon dossier médical :

Entretien avec le patient :
Semble complètement retranché du monde, dira trois mots: "Je suis dans la lune. Non pas sur la lune mais juste à côté".

Il regardera fixement les images affichées dans le bureau d'un air illuminé. Semble triste.

H. AUSSEDAT



J'étais défoncé Docteur ! 
Salement défoncé par tous vos médicaments. 
Et la  cocaïne que maman a trouvé dans ma chambre ?
C'était juste du bicarbonate que j'avais eu enfant avec le jeux " Chimie 2000 " 
Juste du bicarbonate de soude que j'avais gardé dans un coin de ma chambre !  
Vous comprenez ?
Quand vous avez gobé les mensonges de maman, vous m'avez condamné à vie et, avec le docteur Jean-Paul Chabannes, fait de moi un schizophrène, un menteur et, ensuite, un toxicomane.

06/01/1985

Janvier 1985 - A l'âge de 21 ans, la psychiatrie a ruiné ma vie

Il y a quelque chose de très étonnant :

Dans mon dossier médical n'apparait pas le moment où l'on m'a donné les premiers antipsychotiques ni ce qui a motivé ce choix chez les Docteurs Hélène Aussedat et surtout Jean-Paul Chabannes qui était son chef de service.

Janvier1985

Au CHS de Bassens, Hélène Aussedat, alors jeune interne, était terrorisée par le docteur Jean-Paul Chabannes., son chef de service. En deux jours, ils avaient posé le diagnostic sans appel et cruel : schizophrénie.

Ces deux psychiatres m’appliquèrent de force le protocole médical classique : neuroleptiques et anxiolytiques. Puis, voyant qu'il ne fonctionnait pas, ou pas assez rapidement à leur gout, ils le renforcèrent en augmentant les doses et en y ajoutant d'autres molécules. Ceci eu pour effet de me plonger dans un glauque bardo psychologique, me rendant dépressif et doutant de tout, à commencer par moi-même.

En moins d'un mois, je n'étais plus rien d'autre qu'un malade mental. Le jeune artiste prometteur n'était maintenant plus qu'un zombie.

Je me rappelle très bien la première prise de neuroleptiques : Un soir, les infirmiers m'ont présenté un verre avec un liquide épais, visqueux et incolore au fond et m'ont demandé de le boire.

Quand j’ai demandé de quoi il s'agissait, on m'a répondu :

« Ça va te faire du bien.  Avale » !

J'ai refusé.

Énervés, ils m'ont menacé et ont ajouté du sirop de grenadine dans ce breuvage et redemandé de le boire.

J'étais terrorisé, mais à nouveau, j’ai refusé.

Ils étaient trois ou quatre autours de moi.

J'avais peur, je pleurais, je suppliais.

Ils sont devenus encore plus menaçants.

Alors, j'ai avalé.

Ils ont gagné.

Quelque chose en moi savait que désormais ma vie ne serait plus jamais celle que j'avais rêvée. En buvant ce breuvage, je fus pris d'une sensation horrible, pire que celle que j'aurai en 1992 quand on m'annoncera la mort subite de Papa. Celle d'être soudainement dépouillé d'une partie de mon être.

Quand les infirmiers m'ont administré de force la première dose de neuroleptiques, j'ai compris que je devrais faire le deuil de ma vie d'artiste, de mes envies, de mes projets et de ma liberté. 

Ce soir-là, mon âme a su qu'elle était perdue. 

Très angoissé, je me pose dans la salle de télévision pour regarder un film mais à 22h le veilleur de nuit me gratifie d'un grand coup de pied au cul pour que je regagne ma chambre. 

05/01/1985

5 janvier 1985 - Deuxième jour en HP

Extrait de mon dossier médical :

II s'agit d'un jeune homme de 21 ans, adressé au Dr Chabannes par, l’intermédiaire du Dr KORNER (il s'agissait de son médecin traitant à St Jean de Maurienne). 
C'est sa première hospitalisation en hôpital psychiatrique. 
Antécédents médicaux et chirurgicaux :
Amygdalectomie, adénoïdectomie dans l’enfance, a un pincement discale au niveau de la 5ème lombaire, varus équin à la naissance pour lequel il a eu un traitement orthopédique dont il a gardé une petite déformation (porte des semelles orthopédiques). Allergie au rhum des foins depuis 4 ans et demi, traité par homéopathie. A fait une  mononucléose infectieuse il y a un an.
Début d'une toxicomanie il y a trois, quatre ans qui a commencé par le Hachich, puis LSD, puis héroïne (avoue seulement 5 shoots à l'Héroïne  répartis en une semaine), il y a 5 mois.
Pas d'alcool, pas de cocaïne.
Antécédents familiaux : père âgé de 55 ans, profession : représentant en mécanique ; sa mère est âgée de 47 ans, elle est infirmière, il dit de sa mère qu'elle a tendance  à soigner tout le monde, ATCD de spasmophilie.
Pour son père, il dit qu'il aurait été hospitalisé à Versailles où il aurait subi des électrochocs à l'âge de 25 ans, il a également un oncle qui a fait un séjour à Bressieux
Deux sœurs, l'une âgée de 19 ans, Sophie qui est actuellement en terminale à St Jean de Maurienne, l'autre âgée de 16 ans, Christine, est en seconde. Pas d'antécédents de dépression.
Antécédents personnels et mode de vie:
Il a eu un bac C, en redoublant sa terminale, est actuellement en troisième année aux Beaux-Arts à Grenoble.
Au niveau du sport, fait de la planche à voile, du karaté, du judo, de la natation et de la marche.
Au niveau littéraire, passionné de Japon et de science-fiction.
Exempté de service militaire P2.
Pendant 1'entretien : tout d'abord se présente avec un walkman et un grand cahier de dessins qu'il commentera de façon délirante et floue. Il me montre une personne qui apparaît morcelée. Les autres dessins sont totalement incohérents, il les commente avec des thèmes mystiques, également des thèmes de science fiction et de grandeur.
Dans les dessins, il met en place des systèmes scientifiques pour faire disparaître ses parents. Il donne 1'impression de bizarrerie, il existe des barrages dans le discours, ne finit pas ses phrases, apparition de tout ou rien dans ses propos.
Il s'agit d'un premier accès qui semble à priori schizophrénique.
Au niveau de la conduite à tenir, actuellement on observe son comportement, il lui est prescrit du TRANXENE si besoin.


Il doit être revu par le Dr Chabannes.

                                               H. AUSSEDAT

Je n'ai alors plus rien d'autre pour m'exprimer que quelques feutres et les feuilles A4 que les infirmier(e)s veulent bien me concéder. 


Je produis pas mal de dessins dans ma chambre sans trop savoir vraiment ce que je fais là ni même où je suis vraiment. 

04/01/1985

4 janvier 1985 - Première hospitalisation

ADMISSION S.L – Hors secteur (extrait de mon dossier médical)
Jeune homme: de 21 ans, hospitalise par le Dr Chabannes.
A l'entretien, assez détendu, souriant.
Discours très rationalisant, désaffectivisé, difficultés à se concentrer (mais venait de recevoir une injection IM de 2 ampoules de Tranxène)
Lenteur d’idéation. Nie toute toxicomanie actuellement.
Dit avoir éprouvé un sentiment de bizarrerie lors de son séjour cher ses parents.
Pas d'antécédents médicaux particuliers en dehors d'une Mononucléose Infectieuse l'an dernier.
A  l'examen  RAS:  TA 13/7 ,   pouls 80   , Neuro :  RAS
CAT pour ce soir : Surveillance
                          
Injection prescrite par le Dr Chabannes si nécessaire.
                                              

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